Dans une région densément peuplée où l’agriculture intensive occupe l’essentiel du territoire, la Confédération paysanne déploie un travail de fond et une action syndicale obstinée, principalement pour le maintien et l’installation de petites fermes, l’accès au foncier et le développement de circuits courts.
Avec quatre millions d’habitants, le Nord-Pas-de-Calais a une densité de 320 habitants par kilomètre carré; la deuxième la plus élevée après l’Ile-de-France.
Alors qu’en France, 80 % de la population vit en ville, ce taux est de 95 % dans la région: sur deux départements, huit agglomérations ont plus de 100000 habitants, la métropole lilloise en comptant plus d’un million. Le tout, au cœur d’une zone où vivent plus de 100 millions de personnes dans un rayon de 300 kilomètres, est un carrefour européen.
C’est également la région la plus jeune de France métropolitaine, avec 36,5 % de moins de 25 ans.
Néanmoins l’agriculture, intensive, occupe l’essentiel du paysage (70 % du territoire contre 53 % en France, 9,5 % de boisements contre 28 % en moyenne). On compte environ 15 000 « exploitations », dont 11 000 dites « professionnelles » (définition de la statistique publique).
Le Pas-de-Calais et le Nord sont respectivement les 2ème et 4ème départements agroalimentaires français ; cette industrie génère un peu plus de 25 000 emplois.
Même s’il y subsiste de nombreuses petites fermes, vous êtes ici en territoire hostile à l’agriculture paysanne. D’abord parce que le lobby agroalimentaire et financier manie avec brio le « chantage » à l’emploi auprès des élus. Ensuite, parce que la productivité des terres et le prix à payer pour y accéder n’incitent pas à la désintensification.
Particularité locale : 98 % des exploitations comptent tout ou partie de leurs terres en fermage. Autre spécificité : la cession marchande du bail (« pas de porte ») qui, bien qu’illégale, est généralisée et peut dépasser 15 000 euros/hectare dans les meilleures terres.
Bien entendu, la forte densité de population amplifie la pression foncière pour l’urbanisation. Et lorsqu’une collectivité comme Lille Métropole Communauté Urbaine s’y met, ça donne une expropriation en cours sur 1 000 hectares pour « stimuler l’activité économique » à l’horizon 2020. Cette éradication de l’agriculture urbaine est d’autant plus révoltante que la région compte déjà plus de la moitié des friches industrielles de la France... Mais il y a aussi des projets moins contestables comme le prochain canal Seine-Nord, gourmand de 2 500 hectares mais avec pour résultat attendu une nette diminution du nombre de poids lourds sur l’A1... Le plus sinistre, c’est qu’ici la Fnsea ne s’oppose jamais aux expropriations, sauf pour faire monter les enchères.
Le Nord-Pas-de-Calais est cependant un territoire fertile. Ici comme ailleurs, des initiatives voient le jour et la population nombreuse est un réel potentiel de (re-) développement pour les circuits courts et de maintien de l’agriculture paysanne. Si la proportion d’« exploitations professionnelles » pratiquant la vente directe régresse (passant de 27 à 19 % entre 2000 et 2007), cette vente évolue. Elle est passée de systèmes apparus avec l’industrialisation et s’adressant à « la ménagère » du foyer ouvrier (beurre, lait, pommes de terre...) à des formes plus diversifiées, avec une gamme plus large et des produits à plus forte valeur ajoutée pour attirer et satisfaire une clientèle plus aisée. À peine cette mutation s’est-elle achevée que déjà, dès 2006, les requins de la grande distribution initiaient les premières attaques pour récupérer la côte de confiance et la valeur ajoutée crée par le « fermier ».
Côté installation, aujourd’hui, le réseau actif sur la promotion de l’agriculture paysanne est surtout sollicité pour accompagner des installations en dehors des « filières organisées », avec une valorisation des produits via les circuits courts.
Au-delà des thèmes du foncier, des circuits courts et de l’installation, la Confédération paysanne du Nord-Pas-de-Calais œuvre également à la défense juridique des paysans, avec l’ambition de mettre en place une dynamique sur le modèle des comités d’action juridique (CAJ) initiés et développés par la Confédération paysanne en Rhône-Alpes.
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